La Sécurité En Mer
La sécurité en mer fait l’objet d’une réglementation précise.
Tout bateau de plaisance doit embarquer une liste d’équipements obligatoires : gilets de sauvetage, fusées de détresse, extincteurs, trousse de secours, dispositifs de repérage. Beaucoup de propriétaires s’arrêtent là, considérant qu’en respectant la réglementation ils ont fait ce qu’il fallait. Mais la réglementation définit un minimum légal, pas un niveau de sécurité optimal.
La sécurité réelle repose sur trois piliers : la prévention qui évite que les problèmes ne surviennent, la préparation qui permet de réagir efficacement, et la formation qui donne les compétences pour gérer les situations critiques.
La prévention commence par l’entretien. Une panne moteur au large par mer formée peut rapidement devenir dangereuse. Un passe-coque qui lâche peut provoquer une voie d’eau catastrophique. Un feu de moteur dû à un circuit de gasoil qui fuit est évitable par une inspection régulière.
La météo est le deuxième facteur de prévention majeur. La grande majorité des accidents en plaisance surviennent par mauvais temps, lorsque les propriétaires se sont fait surprendre ou ont sous-estimé les conditions.
La chute d’un équipier à la mer est le scénario le plus redouté. En navigation seul, de nuit, ou par mer formée, la situation devient dramatique. Les équipements de prévention existent : lignes de vie pour clipper son harnais, harnais avec longes courtes, gilets automatiques gonflables, balises MOB qui se déclenchent au contact de l’eau. Ces balises coûtent entre 150 et 300 euros et peuvent sauver une vie.
Une voie d’eau est rare mais catastrophique si elle n’est pas maîtrisée rapidement. Un bateau peut couler en quelques heures. La prévention repose sur l’inspection régulière de tous les passe-coques et de leurs robinets. Savoir où se trouvent les robinets et pouvoir y accéder rapidement est essentiel. Les pompes de cale automatiques constituent la première ligne de défense, mais leur débit est limité à 50-100 litres par minute. Une voie d’eau importante va plus vite que la pompe.
L’incendie à bord est rare mais extrêmement dangereux. Les causes les plus fréquentes sont électriques ou mécaniques. Un seul extincteur de 2 kg est insuffisant pour un bateau de 15 mètres. Il faut au minimum un extincteur dans le compartiment moteur, accessible de l’extérieur, et un deuxième dans le carré. Un système d’extinction automatique dans le compartiment moteur coûte entre 500 et 1 500 euros mais peut éteindre un début d’incendie avant qu’il ne se propage.
La VHF canal 16 est le canal d’appel de détresse international. La VHF ASN permet d’envoyer un message de détresse automatique en pressant le bouton rouge. Le 196 est le numéro d’urgence maritime français, qui fonctionne même sans réseau. La règle doit être claire : dès qu’une situation présente un danger pour les personnes, il faut appeler. Le CROSS préfère être alerté et ne pas intervenir plutôt que d’être appelé trop tard.
Ce qu’il faut faire
Inspecter annuellement tous les passe-coques et leurs robinets. Remplacer les composants douteux avant qu’ils ne lâchent. Savoir où se trouvent tous les robinets et pouvoir y accéder rapidement.
Vérifier les dates de péremption des équipements de sécurité. Extincteurs, fusées de détresse, cartouches de CO2 des gilets automatiques ont des durées de vie limitées. Un extincteur périmé sera inefficace en cas d’incendie.
Installer au minimum deux extincteurs : un dans le compartiment moteur accessible de l’extérieur, un dans le carré accessible rapidement. Envisager un système d’extinction automatique dans le compartiment moteur.
Porter un gilet de sauvetage ou un harnais avec longe dès que les conditions se dégradent ou lors de manœuvres à risque.
Pour la navigation solo, porter une balise MOB clipsée au gilet.
Répéter la procédure de récupération d’homme à la mer à l’entraînement. Jeter une bouée pour simuler une personne et s’entraîner à revenir précisément, s’arrêter à côté, et maintenir la position.
Programmer le numéro MMSI dans la VHF. Vérifier que la position GPS s’affiche correctement. En cas de revente du bateau, reprogrammer la VHF avec le nouveau MMSI.
Constituer une trousse médicale au-delà du minimum réglementaire : compresses stériles en quantité, pansements compressifs, garrot d’urgence, attelles, antalgiques puissants, antibiotiques à large spectre. La trousse réglementaire est insuffisante pour une blessure sérieuse.
Suivre une formation aux premiers secours (PSC1 ou équivalent). Une journée, environ 60 euros, qui enseigne comment arrêter un saignement, immobiliser une fracture, pratiquer les gestes de réanimation.
Suivre des stages de perfectionnement : manœuvres portuaires, navigation côtière, sécurité en mer. Le permis bateau est très largement insuffisant pour acquérir les compétences nécessaires à une navigation sûre.
S’assurer que chaque membre d’équipage connaît l’emplacement de tous les équipements de sécurité et sait les utiliser.
Ce qu’il faut éviter
Croire que la conformité réglementaire garantit la sécurité. Un extincteur périmé est conforme si personne ne vérifie la date, mais il sera inefficace. Des fusées stockées dans l’humidité peuvent ne pas fonctionner. Un gilet jamais essayé peut avoir un mécanisme défaillant.
Compter sur les secours pour gérer une urgence sans savoir gérer soi-même. Par mauvais temps, de nuit, ou dans des zones éloignées, les délais d’intervention s’allongent considérablement. Un hélicoptère ne peut pas décoller par vent de 50 nœuds.
Se croire à l’abri parce qu’on navigue prudemment ou qu’on a un bon bateau. Les accidents touchent indifféremment les navigateurs expérimentés et les débutants, les bateaux neufs et les anciens.
Penser que l’expérience remplace la formation. Un navigateur qui a fait cent sorties par beau temps n’a aucune compétence pour gérer une urgence qu’il n’a jamais rencontrée. Sans formation, on improvise.
Hésiter à alerter les secours par crainte de déranger ou par espoir de résoudre seul. Cette hésitation coûte des vies. Alerter trop tôt n’a jamais tué personne. Alerter trop tard, si.
Naviguer seul sans équipement adapté. Sans balise MOB, sans harnais, sans préparation spécifique, la navigation solo devient dangereuse. Personne pour alerter en cas de chute à la mer.
Négliger l’entretien des équipements de sécurité. Les extincteurs périmés sont omniprésents, les fusées sont stockées dans l’humidité, les gilets automatiques ne sont jamais vérifiés.
Ne pas connaître l’emplacement des équipements. Chercher l’extincteur pendant qu’un feu se propage est catastrophique. Ne pas savoir où se trouve le robinet d’un passe-coque qui fuit aggrave la voie d’eau.
Le conseil Club Menorquin
La sécurité ne s’achète pas, elle se construit. Un bateau peut être en parfaite conformité réglementaire et néanmoins dangereux si son propriétaire ne sait pas gérer une urgence, si l’entretien est négligé, si les décisions météo sont imprudentes.
« Une main pour l’homme, une main pour le bateau »
Eric Tabarly


