La Vhf
La VHF est l’équipement de communication le plus utilisé à bord, et paradoxalement l’un des plus mal maîtrisés. On l’allume sur le canal 16 en pensant que c’est suffisant. Puis le jour où on a besoin d’appeler un port, de contacter un navire dangereux sur notre route, ou de demander de l’aide, on découvre qu’on ne sait pas vraiment l’utiliser.
La VHF fonctionne sur des fréquences entre 156 et 174 MHz, divisées en canaux numérotés. Chaque canal a un usage spécifique. Le canal 16 est réservé aux appels d’urgence et aux premiers contacts. Le canal 13 pour la sécurité navigation entre navires. Le canal 9 pour les appels aux ports. Le canal 10 pour les conversations après contact établi sur canal 16. Cette organisation stricte évite le chaos et garantit que les communications importantes ne sont pas noyées dans le bavardage.
Le système DSC (Digital Selective Calling) a transformé la VHF en ajoutant une couche digitale. Sa fonction la plus importante est l’appel de détresse automatisé. Un bouton rouge protégé par un couvercle permet d’envoyer instantanément un message contenant le MMSI du bateau, la nature de l’urgence, la position GPS et l’heure. Ce message est reçu par toutes les VHF DSC dans un rayon de 30 à 50 milles et par les stations côtières. Après l’appel DSC, la VHF bascule automatiquement sur le canal 16 pour la communication vocale.
La VHF fixe, alimentée par le réseau électrique et connectée à une antenne externe en hauteur, émet à 25 watts avec une portée maximale de 15 à 30 milles selon la hauteur de l’antenne.
La VHF portable émet à 5-6 watts avec une portée de 2 à 8 milles. La configuration optimale pour un trawler : une VHF fixe principale plus au moins une portable de secours.
L’antenne détermine 50 % de la performance du système. Elle doit être installée au point le plus haut possible. Chaque mètre de hauteur gagnée augmente la portée significativement. Le câble coaxial introduit des pertes : utiliser du RG213 plutôt que du RG58 standard. Les connecteurs PL259 doivent être protégés avec du mastic ou du ruban auto-vulcanisant car ils ne sont pas naturellement étanches.
Le MMSI (Maritime Mobile Service Identity) est un numéro unique de 9 chiffres qui identifie le navire. Il s’obtient gratuitement auprès de l’ANFR. Sans MMSI programmé, le DSC est inutilisable et l’appel de détresse reste anonyme, compliquant les secours. La VHF doit également être connectée au GPS pour que la position soit incluse dans l’appel de détresse.
Ce qu’il faut faire
Programmer le MMSI dans la VHF DSC. L’opération prend 5 minutes avec le manuel. Sans MMSI, le DSC ne fonctionne pas.
Connecter la VHF au GPS. Un appel de détresse sans position oblige les secours à chercher dans toute la zone.
Vérifier annuellement que la VHF affiche la position GPS correcte.
Installer l’antenne au point le plus haut possible avec un câble coaxial de qualité (RG213).
Protéger les connecteurs contre l’infiltration d’eau. Refaire l’étanchéité tous les 2-3 ans.
Maintenir la VHF allumée sur le canal 16 en permanence pendant la navigation. La consommation est négligeable. VHF éteinte signifie impossibilité de recevoir les appels d’urgence ou les informations de sécurité.
Écouter 5 à 10 secondes avant d’émettre pour vérifier que le canal est libre. Ne jamais couper une communication en cours.
Respecter la procédure d’appel. Appel routine : nom du navire appelé trois fois, puis « Ici » suivi de son propre nom deux fois, puis « À vous ». Dès contact établi, basculer immédiatement sur un canal de travail (10, 72, 77).
S’identifier clairement au début de chaque transmission. « Port Saint-Tropez, ici trawler Ocean Dream. » Même en conversation établie, rappeler son identité régulièrement.
Utiliser l’alphabet phonétique international pour épeler les noms : Alpha, Bravo, Charlie, etc. Utiliser un vocabulaire simple et des phrases courtes. Éviter l’argot.
Maîtriser la procédure vocale Mayday même avec le DSC. « Mayday, Mayday, Mayday. Ici nom du navire (trois fois). Mayday, nom du navire. Position. Nature de la détresse. Assistance requise. Nombre de personnes. À vous. »
Maintenir la batterie de la VHF portable en bon état. Recharger à 50-60 % tous les 2-3 mois si non utilisée. Recharge complète en début de saison.
Ce qu’il faut éviter
Utiliser le canal 16 pour discuter. Ce canal est réservé aux appels de détresse, d’urgence et aux premiers contacts uniquement. Les conversations prolongées encombrent le canal d’urgence et peuvent empêcher un appel de détresse de passer. Amendes possibles.
Négliger la programmation du MMSI. « Je ferai plus tard » signifie généralement jamais. Une VHF DSC sans MMSI est un équipement de sécurité amputé de sa fonction principale.
Programmer un mauvais MMSI. L’appel de détresse identifie alors le mauvais bateau, les secours contactent les mauvaises personnes.
Laisser la VHF déconnectée du GPS. Un appel de détresse sans position complique dramatiquement l’intervention des secours.
Tester la VHF en émettant « test, test » sur le canal 16. Cette pratique perturbe le canal d’urgence. Utiliser la fonction test intégrée ou appeler une station côtière en précisant qu’il s’agit d’un test radio.
Parler trop longtemps sans interruption. Les messages VHF doivent être concis : information essentielle, « À vous », attendre la réponse. Si le message est long, le découper en parties avec des pauses.
Discuter d’informations sensibles. Toutes les communications VHF sont publiques. Éviter les mots de passe, données bancaires, informations sur les absences prolongées ou les équipements de valeur à bord.
Croire que le DSC dispense d’apprendre les procédures vocales. Le DSC peut faillir : bouton défectueux, GPS déconnecté, panne partielle. Maîtriser la procédure vocale Mayday reste essentiel.
Installer une antenne bas de gamme mal placée. L’antenne représente 50 % de la performance du système. Une VHF de qualité avec une mauvaise antenne donne des résultats médiocres.
Naviguer VHF éteinte pour économiser la batterie. La consommation en veille est négligeable. VHF éteinte signifie manquer les alertes météo, les informations de sécurité, les appels des autres navires.
Le conseil Club Menorquin
La VHF est l’outil de communication le plus important à bord. Elle permet de coordonner avec les autres navires, de communiquer avec les ports, de recevoir les informations météo, et surtout d’appeler à l’aide en cas d’urgence. Un appel de détresse correctement formulé, ou mieux encore un appel DSC automatique avec position GPS, alerte instantanément tous les navires et toutes les stations côtières à proximité.
Ce qui compte n’est pas d’avoir la VHF la plus sophistiquée, mais d’avoir un équipement correctement configuré avec le MMSI et le GPS, et de savoir l’utiliser en suivant les procédures standardisées.


