Le Dessalinisateur

L’eau douce est la ressource la plus précieuse à bord. On peut vivre sans électricité quelques jours, rationner le gasoil, mais on ne peut pas se passer d’eau. D’où l’attrait du déssalinisateur : produire de l’eau potable à partir de la mer, s’affranchir des contraintes de ravitaillement.

Mais entre la promesse et la réalité, il y a souvent un gouffre.

Un déssalinisateur marine utilise l’osmose inverse. L’eau de mer est pressurisée à 55-60 bars et forcée à traverser une membrane semi-perméable qui retient les sels et les impuretés.

Un modèle dimensionné pour un trawler produit généralement 50 à 80 litres par heure. Le système comprend des préfiltres, une pompe haute pression, une membrane d’osmose inverse, et toute une tuyauterie haute pression. Chaque élément peut tomber en panne.

La consommation électrique est considérable. Un modèle produisant 60 litres par heure tire entre 25 et 50 ampères. Produire 60 litres consomme donc 25 à 50 ampères-heures, l’équivalent de la consommation quotidienne de tous les autres équipements réunis. Cette consommation impose généralement de faire tourner les moteurs ou un générateur.

Les conditions de fonctionnement sont restrictives. L’efficacité optimale se situe entre 15 et 25 degrés d’eau. Le dessalinisateur ne peut traiter que de l’eau relativement propre : l’eau trouble colmate rapidement les préfiltres et encrasse la membrane. Après une tempête, au mouillage dans une baie peu profonde, près d’un port, ou après une pluie importante, il est impossible de l’utiliser.

Le bruit de la pompe haute pression (60-70 décibels) n’est pas négligeable.

Conclusion rarement mentionnée : un déssalinisateur s’utilise principalement en navigation, en eau propre, loin des côtes.

La consommation moyenne d’un couple est de 80 à 120 litres par jour. Avec des réservoirs de 400 litres, l’autonomie réelle est de trois à quatre jours. Avec une gestion sobre (douches courtes, vaisselle en bassine, chasse d’eau réduite), la consommation tombe à 40-60 litres par jour, soit six à dix jours d’autonomie.

La question centrale devient : navigue-t-on vraiment plus de quatre à cinq jours sans escale où l’on peut faire le plein d’eau ? Pour beaucoup en Méditerranée, la réponse est non.

La maintenance d’un déssalinisateur est complexe et coûteuse. Les préfiltres se changent toutes les 50 à 100 heures de production (30-50 euros). La membrane dure 2 000 à 3 000 heures si bien entretenue, soit trois à cinq ans, et coûte 1 500 à 2 500 euros à remplacer. Le pickling (conservation chimique) est obligatoire dès que le système reste inutilisé plus d’une semaine, sinon les bactéries détruisent la membrane. La pompe haute pression nécessite une révision tous les deux à trois ans (500-800 euros) et un remplacement tous les cinq à sept ans (2 000-4 000 euros).

Coût de maintenance annuel moyen : 500 à 1 000 euros, hors remplacement de membrane.

Coût d’installation complète : 10 000 à 20 000 euros selon le modèle et la complexité.

Ce qu’il faut faire

Évaluer honnêtement ses besoins réels avant d’investir. Pour un couple naviguant en Méditerranée avec des escales tous les deux à quatre jours, une gestion sobre de l’eau combinée à des réservoirs de capacité suffisante peut rendre le déssalinisateur superflu.

Si le déssalinisateur est installé, respecter rigoureusement la maintenance. Changer les préfiltres selon les heures de production. Réaliser le pickling systématiquement avant tout arrêt prolongé de plus d’une semaine. Faire réviser la pompe haute pression tous les deux à trois ans.

Utiliser le déssalinisateur principalement en navigation, en eau propre, loin des côtes et des zones de turbidité. C’est là qu’il fonctionne le mieux et que le bruit est masqué par celui des moteurs.

Maintenir toujours une réserve dans les réservoirs. Si le dessalinisateur tombe en panne ou si les conditions ne permettent pas de l’utiliser, on se retrouve limité aux réservoirs.

Prévoir le budget de maintenance annuel et le remplacement de la membrane tous les trois à cinq ans (1 500-2 500 euros) dans le budget d’entretien du bateau.

Explorer l’alternative sobre si le déssalinisateur n’est pas encore installé : douches courtes avec douchette économique (5-8 litres au lieu de 40), vaisselle en bassine (5 litres par repas), toilettes à l’eau de mer, remplissage opportuniste à chaque escale.

N’oubliez pas que des citernes souples supplémentaires (200-400 euros pour 100-200 litres) augmentent l’autonomie pour un investissement dérisoire.

Ce qu’il faut éviter

Croire qu’avec un déssalinisateur on ne manque jamais d’eau. Si le système tombe en panne, si l’eau est trouble, ou si les batteries sont trop faibles, on se retrouve limité aux réservoirs.

Compter uniquement sur le déssalinisateur sans maintenir une réserve est une erreur.

Penser que ça ne coûte rien à utiliser. L’eau de mer est gratuite, mais l’électricité consommée vient des batteries qui doivent être rechargées. L’usure des composants a un coût. Ramené au litre, un dessalinisateur coûte quelques centimes en intégrant l’amortissement, la maintenance et l’énergie.

Négliger le pickling avant un arrêt prolongé. Sans cette conservation chimique, les bactéries colonisent la membrane et la détruisent. C’est la cause principale de remplacement prématuré des membranes.

Croire que ça fonctionne au mouillage sans problème. L’eau au mouillage est souvent trouble. Il faut généralement faire tourner les moteurs pour avoir l’énergie, ce qui génère du bruit. La plupart des propriétaires finissent par utiliser leur dessalinisateur principalement en navigation.

Penser qu’une fois installé, ça marche dix ans sans souci. Un dessalinisateur demande une maintenance régulière et rigoureuse. Négliger ces opérations conduit à des pannes prématurées et à des remplacements coûteux.

Investir dans un déssalinisateur pour une navigation côtière méditerranéenne avec escales fréquentes sans avoir d’abord exploré l’alternative sobre. Les 10 000 à 20 000 euros peuvent être économisés ou investis dans d’autres équipements plus essentiels.

Le conseil Club Menorquin

Le déssalinisateur est un équipement séduisant qui promet l’autonomie totale en eau. Mais cette promesse est contrariée par de nombreuses contraintes : consommation électrique massive, maintenance rigoureuse et coûteuse, qualité d’eau requise qui limite les possibilités d’utilisation. Pour ceux qui font de la croisière hauturière, qui naviguent en famille avec une consommation élevée, ou qui fréquentent des zones isolées, le déssalinisateur se justifie.

Pour beaucoup de propriétaires qui naviguent en Méditerranée avec des escales régulières, une gestion sobre de l’eau peut le rendre superflu.

← Retour au sommaire