Le Générateur

L’électricité à bord d’un bateau moderne est devenue aussi essentielle que l’eau ou le carburant. Réfrigérateur, congélateur, climatisation, électronique, pilote automatique, dessalinisateur : tous ces équipements consomment en permanence.

Au port, branché sur le secteur, le problème ne se pose pas. Mais au mouillage, la production d’électricité devient rapidement le facteur limitant de l’autonomie. Les moteurs principaux rechargent les batteries en navigation. Mais au mouillage, faire tourner un ou deux moteurs de 370 chevaux pour produire quelques dizaines d’ampères-heures est démesuré : 5 à 10 litres de gasoil par heure, bruit et mauvais usage des moteurs qui tournent au ralenti sans charge de propulsion.

Un générateur auxiliaire permanent est souvent un petit moteur diesel de 3 à 10 kW, optimisé pour produire de l’électricité. Un modèle de 5 kW consomme environ 1 à 1,5 litre de gasoil par heure et produit assez d’électricité pour alimenter tous les équipements, y compris la climatisation ou le dessalinisateur, tout en rechargeant les batteries.

Le dimensionnement dépend des équipements. Les gros consommateurs : climatisation (3 à 5 kW), dessalinisateur (1 à 2 kW), chargeur de batteries (1 à 3 kW), chauffe-eau (1 à 2 kW). Pour un trawler de 15 mètres avec climatisation et dessalinisateur, un générateur de 6 à 8 kW constitue généralement le bon dimensionnement. Un générateur ne doit jamais fonctionner en permanence à sa puissance maximale. Un modèle qui tourne systématiquement à 20 ou 30 % de sa capacité s’encrasse et use prématurément.

Les générateurs diesel utilisent le même carburant que les moteurs principaux. Durée de vie : 5 000 à 10 000 heures selon l’entretien. Les modèles dits « insonorisés » ramènent le niveau sonore à 50-65 décibels à un mètre. C’est mieux qu’un générateur nu (70-90 décibels), mais ça reste audible à plusieurs dizaines de mètres. Au mouillage, dans une baie calme, le bruit porte loin et dérange.

L’installation coûte entre 5 000 et 15 000 euros tout compris (générateur, main-d’œuvre, raccordements). La maintenance nécessite des vidanges toutes les 100 à 200 heures, des changements de filtres, et des révisions tous les 1 000 heures. Coût annuel moyen : 300 à 600 euros.

Pour les usages ponctuels, il existe des petits générateurs à essence qui sont portables, pesant généralement 15 à 40 kg et délivrant 1 000 à 3 000 watts en 230 V. Ils consomment en moyenne 0,5 à 1 litre d’essence par heure et offrent 6 à 8 heures d’autonomie selon la charge. Ils permettent d’alimenter l’éclairage, recharger des batteries, alimenter du petit électroménager ou de l’outillage léger. Les modèles avec inverter fournissent un courant plus stable pour l’électronique. Ils restent bruyants et doivent être utilisés dans des espaces bien ventilés.

Les alternatives modernes remettent en question la nécessité du générateur. Un parc de batteries lithium de 800 ampères-heures offre 640 ampères-heures utilisables (contre 400 pour des batteries plomb équivalentes). Des panneaux solaires de 800 à 1 000 watts produisent 250 à 400 ampères-heures par jour en Méditerranée en été.

Cette combinaison permet de se passer totalement de générateur pour une utilisation estivale classique par un couple. Les limites de ces solutions sont atteintes quand la consommation est très élevée (climatisation plusieurs heures par jour, déssalinisateur quotidien) ou en navigation hivernale.

Ce qu’il faut faire

Évaluer honnêtement ses besoins énergétiques avant de décider. Additionner les puissances des équipements susceptibles de fonctionner simultanément. Pour un couple en Méditerranée en été avec une consommation modérée, la solution batteries lithium + panneaux solaires offre une autonomie comparable sans les inconvénients du générateur.

Si le générateur est nécessaire, dimensionner correctement. Calculer la puissance maximale probable et choisir un générateur dont la puissance nominale est supérieure de 20 à 30 %. Un 6 à 8 kW convient généralement pour un trawler de 15 mètres avec climatisation et dessalinisateur.

Respecter la maintenance rigoureusement. Vidanges toutes les 100 à 200 heures, changement de filtres, révisions périodiques. Un générateur mal entretenu tombe en panne après 2 000 heures alors qu’un générateur bien maintenu atteint 8 000 heures.

Préparer le générateur avant l’hivernage : vidange avec huile neuve, carburant stabilisé, batteries déconnectées. Le faire tourner idéalement une fois par mois même en période d’arrêt.

Utiliser le générateur de manière socialement acceptable au mouillage. Le faire tourner pendant les heures acceptables (fin d’après-midi plutôt qu’à six heures du matin ou à minuit). Limiter la durée de fonctionnement. Éviter les mouillages très fréquentés ou les zones protégées.

Installer le générateur dans un emplacement accessible pour la maintenance, ventilé, et suffisamment éloigné des cabines pour limiter les nuisances sonores.

Ce qu’il faut éviter

Croire qu’un générateur insonorisé est silencieux. Il reste audible à des dizaines de mètres. Le niveau de 50-65 décibels annoncé est mesuré à un mètre dans des conditions idéales. Au mouillage, dans le silence de la nuit, il s’entend clairement à 50 mètres.

Surdimensionner le générateur. Un 10 kW alors qu’un 6 kW suffirait coûte plus cher et s’encrasse s’il tourne systématiquement à 30 % de sa capacité.

Sous-dimensionner le générateur. Un 3 kW qui peine à alimenter la climatisation tout en chargeant les batteries tourne en permanence à sa puissance maximale, ce qui use prématurément les composants.

Négliger la maintenance. Un générateur est un moteur thermique qui nécessite autant d’entretien qu’un moteur principal. Négliger les vidanges conduit à des pannes coûteuses.

Laisser le générateur sans fonctionner pendant des mois sans préparation. Au printemps, il refusera de démarrer ou présentera des dysfonctionnements.

Installer le générateur trop près des cabines. Les nuisances sonores et les vibrations rendent le sommeil difficile.

Installer un générateur par habitude sans analyser ses besoins réels. Pour un couple naviguant en Méditerranée en été avec une consommation modérée, la solution batteries-solaire est souvent plus adaptée.

Le conseil Club Menorquin

Le générateur auxiliaire apporte une autonomie énergétique réelle. Il permet d’utiliser tous les équipements sans compter. Pour certains usages (famille nombreuse, navigation hivernale, consommation élevée), il reste difficile à remplacer. Mais il a ses inconvénients majeurs : le bruit qui dérange, la maintenance lourde, l’investissement élevé. Les alternatives modernes (batteries lithium + panneaux solaires) offrent aujourd’hui une autonomie comparable pour beaucoup d’usages, sans ces inconvénients.

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