L’Hivernage
Chaque automne, les propriétaires de trawlers font face à une décision stratégique qui conditionne les six mois suivants. Un hivernage bien préparé garantit une reprise sans problème.
L’hivernage à flot consiste à laisser le bateau dans l’eau. Le bateau reste accessible pour effectuer des travaux d’entretien ou vérifier que tout va bien. Le coût est généralement inférieur : les tarifs hivernaux sont souvent 30 à 50 % moins chers que les tarifs d’été.
Le bateau doit être protégé contre le gel : vidanger tous les circuits d’eau, remplir avec de l’antigel, s’assurer qu’aucune eau ne reste emprisonnée. Le bateau reste exposé aux tempêtes hivernales : les amarres doivent être doublées et vérifiées régulièrement. L’humidité reste un problème : une ventilation permanente est indispensable.
L’hivernage à sec consiste à sortir le bateau sur un terre-plein. La coque est accessible pour inspection, nettoyage, antifouling. Le bateau est protégé des effets de l’eau salée pendant plusieurs mois. Mais le coût est plus élevé : sortie d’eau, transport, stockage, remise à l’eau\… L’accessibilité devient difficile. Un mauvais calage peut entraîner des déformations de la coque.
Les moteurs nécessitent une attention particulière. La vidange d’huile doit être faite avant l’hivernage, pas au printemps. Une huile usagée contient des acides qui accélèrent la corrosion interne pendant six mois d’immobilisation. Les réservoirs de gasoil doivent être remplis au maximum pour éviter la condensation. Un additif stabilisateur bactéricide est recommandé.
Les batteries posent un problème spécifique. Une batterie laissée sans charge pendant six mois se décharge et se sulfate de manière irréversible. Trois solutions : les emporter à terre pour les maintenir en charge, installer un chargeur de maintien branché au secteur, ou installer des panneaux solaires.
Les circuits d’eau douce doivent être vidangés complètement et remplis avec de l’antigel non toxique si le gel est possible.
L’hivernage actif consiste à maintenir le bateau en état de naviguer et à l’utiliser pendant l’hiver en Méditerranée sud. Le bateau reste en activité, les moteurs tournent régulièrement, les systèmes sont utilisés, ce qui évite les problèmes liés à l’immobilisation. Mais il faut accepter de naviguer par des températures fraîches, avec des journées courtes, et suivre attentivement la météo.
Ce qu’il faut faire
Faire les vidanges d’huile moteur et de filtres avant l’hivernage, pas au printemps. Remplir avec de l’huile neuve qui protège les surfaces métalliques pendant l’immobilisation.
Remplir les réservoirs de gasoil au maximum avec un additif stabilisateur pour éviter la condensation et la dégradation du carburant.
Si le gel est possible, vidanger tous les circuits d’eau douce et les remplir avec de l’antigel non toxique: circuits, réservoirs, tuyauteries, pompes, chauffe-eau, robinets, toilettes marines\…
Maintenir les batteries chargées par l’une des trois méthodes : dépose et charge à terre, chargeur d’entretien branché au secteur, ou panneaux solaires.
Nettoyer soigneusement la coque et le pont avant l’hivernage. Les salissures laissées six mois deviennent beaucoup plus difficiles à enlever et peuvent tacher définitivement.
Retirer les tissus (coussins, matelas, rideaux) et les stocker au sec. Ou au minimum les surélever pour permettre à l’air de circuler et installer des absorbeurs d’humidité en quantité.
Assurer une ventilation permanente du bateau pour limiter la condensation. Les aérateurs doivent rester ouverts ou des ventilateurs solaires doivent être installés.
Surveiller régulièrement le bateau pendant l’hiver : visite hebdomadaire ou bimensuelle, vérification des amarres, des pare-battages, de l’accumulation d’eau, de l’état des batteries.
Procéder à une remise en service méthodique au printemps : inspection visuelle complète, test des batteries, rinçage des circuits d’eau, test des moteurs à quai, vérification de tous les équipements électroniques, contrôle des équipements de sécurité, sortie d’essai courte.
Ce qu’il faut éviter
Faire la vidange au printemps plutôt qu’à l’automne. Une huile usagée laissée six mois dans le moteur accélère la corrosion interne des surfaces métalliques.
Abandonner les batteries sans charge pendant six mois. Une batterie au plomb qui se décharge profondément se sulfate de manière irréversible et devient bonne à jeter.
Fermer complètement le bateau en pensant qu’il se conservera mieux. Un bateau fermé accumule de la condensation, favorise les moisissures, et accélère la corrosion des composants électroniques. Une ventilation permanente est indispensable.
Penser que le gardiennage professionnel garantit l’absence de problèmes. La qualité du gardiennage est très variable. Il ne remplace pas une préparation technique rigoureuse avant l’hivernage.
Croire que l’hivernage au sud élimine tous les risques. Il élimine le risque de gel mais n’élimine pas les autres risques : tempêtes, humidité, inactivité prolongée des systèmes. La préparation reste nécessaire.
Négliger la remise en service et repartir immédiatement en croisière intensive. Les systèmes inactifs pendant six mois peuvent révéler des problèmes au redémarrage. Une série de vérifications et une sortie d’essai sont indispensables.
Oublier les circuits d’eau où de l’eau peut rester piégée : pompes, chauffe-eau, points bas des tuyauteries. Un seul oubli peut entraîner un éclatement au gel.
Laisser les tissus à bord dans un bateau fermé et humide. Ils développent des moisissures qui les rendent inutilisables.
Le conseil Club Menorquin
L’hivernage n’a pas de solution universelle. Chaque stratégie répond à des contextes, des contraintes et des priorités différents. Un propriétaire qui réside près de son port optera pour un hivernage à flot local en autonomie. Un propriétaire qui réside loin privilégiera le gardiennage professionnel. Un propriétaire qui veut faire des travaux de carène choisira la sortie à sec. Un retraité explorera peut-être l’hivernage actif en Méditerranée sud. Aucune option n’est meilleure dans l’absolu. Chacune est meilleure dans son contexte.


